Les laïcs et la religion dans l’histoire de l’Europe. Une affaire de liberté(s) ?

Journée d’étude

Vendredi 24 juin 2016

CESR, Tours, salle Saint-Martin

Religion, Etat et société

Dominique Iogna-Prat, CéSor, CNRS/EHESS, Autorité des clercs versus liberté des laïcs ? Genèse du « second christianisme » occidental (1200-1500)

Peut-on postuler, dans l’Occident latin, un basculement des rapports de force clercs/laïcs dans la seconde moitié du Moyen Âge, qui verrait émerger un espace de liberté laïque dans le cadre d’une religion civique ? C’est tout l’enjeu de ce que l’on a pu qualifier de « second christianisme » et de l’élaboration d’un nouveau type d’architecture de la société avec l’émergence (ou la réémergence) de la Cité et de l’État face à la structure totalisante qu’a longtemps été l’Église, du moins dans la conception des réformateurs grégoriens à la fin du XIe siècle. Mais pourquoi parler de « second » christianisme et non de « deuxième » ? Est-ce à dire que le tournant pris dans les années 1200-1500 conditionne l’avenir à long terme des sociétés occidentales ? L’examen de ces questions complexes se fera sur la base de l’essai récemment publié par l’auteur : Cité de Dieu, cité des hommes. L’Église et l’architecture de la société (1200-1500).

Mathilde Monge, FRAMESPA, Université de Toulouse, « Quand tu seras plus âgée, ma fille, tu verras vers quelle Religion tu te dirigeras »: laïcs dissidents ou laïcs libres ? Le cas de la Rhénanie catholique (v. 1550-v.1620)

Laurence Croq, CHISCO, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, L’entrée en religion dans la société bourgeoise parisienne au XVIIIe siècle

Cette communication cherche à rouvrir le dossier des enfants qui entrent en religion entre placement et vocation, entre économie familiale et économie du salut, à travers un exemple, celui des fils de la bourgeoisie parisienne au XVIIIe siècle. Elle m’a été inspirée par deux recherches que je mène avec d’autres collègues à différentes échelles, d’une part sur le thème « Investir dans le sacré », d’autre part sur la confrérie (parisienne) des porteurs de la châsse de Sainte Geneviève.

Mon intervention se situe à la croisée de deux traditions historiographiques très différentes, histoire religieuse et histoire sociale. L’histoire religieuse pense l’entrée en religion comme l’exercice de liberté du fidèle, le fruit d’une vocation. La tradition de l’histoire sociale met au contraire l’accent sur les pressions sociales qui amènent les hommes et les femmes à devenir des religieux ou des religieuses.

Pour tester la validité de ces propositions, le XVIIIe siècle est un temps fort. Les travaux de Nicolas Lyon-Caen ont en effet montré qu’à partir des années 1730, la répression qui s’abat sur les prêtres parisiens soupçonnés de jansénisme prive les enfants issus de la notabilité parisienne (c’est-à-dire des marchands des six-corps qui occupent les charges de gardes de leurs corporations, de juge consuls etc.) des bénéfices ecclésiastiques auxquels ils accédaient précédemment. Nombre de bénéfices sont attribués à des prêtres issus de diocèses extérieurs au Bassin parisien, de Coutances en particulier.

Pourtant, Ségolène de Barbiche-Dainville a montré qu’une partie non négligeable des curés parisiens étaient nés dans la capitale. On peut y ajouter bon nombre de prêtres de paroisses et de curés de la banlieue. Les familles parisiennes dont les fils entrent en religion sont plus modestes socialement que celles du début du XVIIIe siècle, elles appartiennent au milieu des petits marchands, des artisans et des employés.

L’Église a puisé dans ce vivier des hommes dont une minorité subissait son sort (comme l’abbé Legrand, ami de Manon Phlipon alors enfant, Jean Louis de Poilly qui dénonce sa vocation devant le parlement…). Mais le décompte des prêtres parisiens jureurs et réfractaires au moment de la Révolution comme des prêtres défroqués ou poursuivant leur sacerdoce au début du XIXe siècle montre que les hommes attachés à leur engagement sont les plus nombreux.

 

Religion, pensée philosophique et scientifique

Giuseppe Veltri, Maimonides Centre of Advanced Research, Université de Hambourg, Cultural Challenge and Scepticism: The Jews and the Italian Academies
during the Renaissance and the Baroque

Among the institutions that featured the intellectual atmosphere during the Renaissance and Baroque in Italy there were the academies. They were intellectual circles that gathered periodically in order to share their common interests and opinions about language, literature, art, philosophy, theater. The history of these institutions has been retraced already in the XVIII century by Giacinto Gimma, an erudite man of letters from Bari, who in 1723, dated the origin of the academies back to Humanism and Renaissance.  From Gimma’s description a typical and intriguing feature of the academies comes to light: the custom and convention of taking another name at the moment of the entrance in the academy. These new and sometimes pompous names were like masks the academy members used to wore.
In this paper I aim at highlighting the history and the protagonist of the academies in order to extrapolate the principles that marked them out. This is a necessary precondition that will allow me to discuss the aspect I am actually interested in: the presence and participation of some Jews to some academies. I am of course aware of the many interdictions that prevented such participation, such as the exclusion from all the occupations with the exception of the practice of medicine, commerce and moneylending or pawn broking. All these difficulties notwithstanding, they tried to participate to the city life and to intellectual life and succeeded wherever the government tolerance allowed them to. I will afterwards discuss the plausible existence of Jewish academies and the intellectual activities of Simone Luzzatto, who saw himself as a sceptic Rabbi, like in ancient academies.

 

Jean-Pierre Cavaillé, GRILH, EHESS, Libertins et libertés

A partir du début du XVIe siècle un mot apparaît en diverses langues vernaculaires d’Europe et en latin : celui de « libertin ». Il désigne des individus ou des groupes qui, toujours, sont dénoncés pour l’abus et le mésusage qu’ils font de leur « liberté ». L’accusation repose sur une opposition chère à la théologie morale qui transcende les conflits confessionnaux : la « liberté » chrétienne (qui consiste d’abord à obéir aux lois divines et civiles) et la « liberté de la chair », rebelle et corrompue. Il s’agira de montrer que cette stigmatisation recouvre de réelles revendications de libertés spécifiques, plurielles, irréductibles à l’unité, mais déterminantes dans les développements ultérieurs des sociétés modernes : libertés civiles, liberté de conscience, liberté de pensée et d’expression (libertas philosophandi), voire liberté de mœurs.

 

Roberto Poma, LIS, Université Paris Est Créteil Val de Marne, La liberté médicale en pays catholiques entre XVIe et XVIIe siècles

 

AFF-JE-LAICS-RELIG-2016

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